Des conservateurs et les conservateurs
Ces primaires républicaines ! Romney, après avoir profité d’une stable domination dans les sondages, s’est vu rapproché puis dépassé par chacun des candidats républicains, leur donnant un court moment de gloire qui se termina pour plusieurs par l’abandon à la course. Rick Perry, Jon Huntsman, Michele Bachman ont eu ainsi la faveur des sondés jusqu’à l’impression insurmontable de devoir laisser le train Romney faire son chemin.
Puis arrive le vote en Caroline du Sud, où Newt Gingrich surpassa largement Mitt, à un point où certains chroniqueurs le plaçait en tant que leader pour la prochaine investiture républicaine. Mais, comme les autres, ce ne fut qu’un feu de paille.
Cependant, au lieu d’y voir dans cette descente de Gingrich, une monté de Romney, ce fut plutôt le tour à Rick Santorum. En fait, cette montée concorde aussi avec les bonnes nouvelles de l’économie états-unienne, faisant en sorte qu’il est possible de stipuler que les républicains perdaient ainsi leur cheval de bataille principal : la crise économique et la situation perdurant quatre ans plus tard. Le seul terrain restant, vacant et important : l’idéologie.
Il faut comprendre d’abord qu’il y a aux États-Unis une frange considérable de la population qui fait des valeurs chrétiennes quelque chose de viscérale. Scott Galupo précisait hier :
Hardcore conservative opposition to Obama has always been cultural and theological. The pop-theological mainstream of American evangelicals has so thoroughly assimilated the ideal of American capitalism that any deviation, however modest, from it is tantamount to radical godless humanism. And, in an extension of an older intradenominational debate, conservative Catholics like Santorum deeply mistrust the ideal of “social justice” as championed by the Catholic left. As I’ve argued before, the line between culture and economics is disappearing.
C’est la raison pourquoi Mitt Romney tente, depuis quelques jours, et de façons plutôt maladroites, de convaincre l’électorat républicain de son “profond conservatisme”. Or, on le connaît surtout pour être le plus modéré des républicains, il est donc un peu particulier de pouvoir l’imaginer en même temps en tant que “très conservateur”.
Avec Santorum en tête et une Romney semblant de plus en plus délaissé par les sondés, il est donc probable d’imaginer le premier en tant que futur chef des Républicains. Est-ce vraiment probable ? Oui, mais pour un court instant.
Jon Ibbitson publiait ce billet, où il fait l’exercice de ce que pourrait être les relations entre le Canada et les États-Unis avec Santorum en tant que Président des États-Unis :
If Mr. Santorum wins the Republican nomination, he could become president. And that would lead to the deepest chill in Canada-U.S. relations in the two countries’ history.
There could be no Beyond the Border agreement between a Conservative prime minister and a Republican president. Too many people would suspect a sell-out.
But Mr. Santorum would be a non starter. No Canadian prime minister, Conservative or otherwise, could afford to get close to him. As president, Mr. Santorum would seek to make abortion illegal even in cases of rape and incest. He would discourage contraception. He believes Satan has corrupted American universities and mainstream Protestant churches. He embodies the vast gulf between American social conservatives and the overwhelming majority of Canadians. Any prime minister would try to keep any associations to a minimum, beyond what is essential between the leaders of two closely allied nations.
But really, it’s foolish even to imagine such things. A Santorum White House is so improbable that the idea borders on speculative fiction.
De ça découle l’idée du conservatisme. Jamais un Canadien ou une Canadienne, aussi conservatrice peut-elle ou il être, ne pourrait imaginer notre gouvernement s’alligner avec un conservatisme aussi drastique et fermé que celui que donne en image Santorum. Et j’ajoute que jamais un Québec ne serait autant malaisé d’essayer de développer davantage ses relations avec des idées autant distantes. Bref, l’argument principale de Ibbitson c’est qu’il serait économiquement risqué d’élire la radicalité. Nécessairement, tout ça pâlit nos Conservateurs, les rends moins épouvantables, et ajoute peut-être à notre fierté d’être Canadien, sûrement, au moins, d’être un Canadien au Québec.
Rick Santorum et le retour des guerres culturelles
Un billet qui résume dans quel système d’opposition le débat de la présidentielle viendrait de tourner avec la montée récente de Rick Santorum. De Frédérick Gagnon et Véronique Pronovost :
Courtisant les conservateurs moraux, Rick Santorum, qui mène désormais la course à l’investiture républicaine si l’on se fie aux sondages nationaux, a même annoncé, il y a quelques heures, que « Satan a, depuis quelques années, attaqué les institutions de l’Amérique ». Un peu comme l’ultraconservateur Pat Buchanan qui, lors de la convention nationale du parti républicain en 1992, avait incité ses partisans à mener une « guerre religieuse » et morale contre la gauche, Santorum tente ainsi de galvaniser les troupes conservatrices en les convainquant que les États-Unis sont déchirés par une « guerre spirituelle » entre ceux qui veulent que l’Amérique reste bonne et puissante et ceux qui, comme Satan (et Obama?), veulent le contraire.
Megadeth et Rick Santorum : les fils se touchent
Par David Sessions au Daily Beast:
In a 1988 interview in the British music newspaperSounds, Mustaine said, “It says in the Bible that men should not lay with men like they lay with women. I mean I don’t wanna f—k up and not go to heaven.” In the same interview, he added some thoughts on immigration that seem ripped from a 2012 GOP debate transcript. “If I were president of the United States, I’d build a great wall along the Mexican border and not let anybody in.” He also dished to conspiracy theorist and radio personality Alex Jones about the “new world order,” a pervasive scare trope of ’90s evangelical entertainment, including the Left Behindseries.
Est-ce que quelqu’un doutait du conservatisme dans la musique de Megadeth ? Ça va faire 30 ans l’an prochain qu’ils jouent de la musique du début des années 90, un peu comme l’anachronisme des discours républicains. La question ici est de savoir qui va nuire à qui ? Rust in Peace !
In choosing leaders, Canada is bland, the U.S. is brutal
Une comparaison qui en dit long. Kelly McParland du National Post met l’une à côté de l’autre les courses à l’investiture des Républicains et celle du NPD. Un monstre et un coup de vent. Pour le NPD, même ce récent rassemblement des Libéraux a fait plus de vagues que leur course déjà oubliée. Il faut dire que celle du Bloc Québécois ne s’est pas plus imposée dans les médias, et ainsi, ne semble pas avoir attiré plus d’attentions. Selon McParland, c’est une question de différence de qualité et de manière de faire entre Canadiens et États-Uniens.
In the other, NDP candidates got together and argued about … something. Maybe it was important, hard to tell.
Romney and Gingrich Set the GOP on a Path Toward Self-Destruction
Newt redescend dans les sondages, pendant que Santorum remonte, et Romney, comme toujours, reste sur la mince ligne entre la victoire et la défaite. Depuis le début de la course, seuls Romney et Paul sont restés plus ou moins constants dans les intentions de vote. Romney bien haut, Paul bien bas. Mais n’ayant pas la possibilité, même une fois rendu à la primaire de Floride, d’avoir une idée claire quant au meneur, cela oblige les candidats à persévérer. Or, tout a été dit. Tout ce qui devait servir à la vente de soi a été fourni (sauf les projets de Newt pour la lune), contredit, puis réaffirmé. Il ne semble maintenant que leur rester des attaques sanglantes qui, ultimement ne pourront que déterrer de vieux monstres de chacun des candidats restants, offrant du même coup, gratuitement, des armes pour les démocrates. L’investiture républicaine devrait se terminer bientôt afin qu’un seul candidat puisse centraliser les forces républicaines et réussir à tenir debout devant une organisation déjà concentrée sur son chef depuis quatre ans.
Pourquoi Newt Gingrich, pas Mitt Romney et surtout pas Santorum.
L’une des multiples analyses de ce matin au sujet de la forte victoire de Newt Gingrich en Caroline du Sud, celle de Michael Tomasky, résume bien les composantes importantes de la course à l’investitures républicaines. D’une part, faire tomber Obama (quelqu’un aurait même dit de le pendre), d’autre part, attaquer l’autre pensée dominante qui s’oppose à celle qui défini le Tea Party.
Tomasky résume ainsi son analyse :
Gingrich’s win spread across many categories. He won conservatives. He won independents. He won late deciders. He won voters who live on $30,000, and he won people living on $200,000. He won men—and, contrary to some expectations, he evidently won women, by 6 percent. He rolled, every way you want to count it.
How and why? Simply, the debates. Even more simply, the two Moments in the debates: the smackdown of Juan Williams, and the smackdown of John King for starting the second debate by asking about his ex-wife’s allegations. There is no question that Gingrich rode those two moments to victory.
In other words: He won by hatin’ on the black guy and the liberal media. He hated on them expertly. He fired synapses in conservatives’ brains that they barely knew were there. You knew, anyone knew, watching those two moments, that they were absolutely pivotal. Tout l’article.
Pour ma part, une large partie des sondages posaient la question importante de l’opposition à Obama. Tous présentaient Romney en tant que candidat idéal pour gagner contre le démocrate, même durant les moments où Gingrich le dépassait dans les intérêts de vote à l’investiture. Il lui fallait donc faire la preuve à l’électorat qu’il faisait bel et bien le poids, et même qu’il serait le meilleur candidat pour déloger l’actuel président des États-Unis. Ça été le cas durant le dernier débat avant le vote d’hier. Autrement dit, c’était la dernière carte sur laquelle il n’avait pas encore “bien” jouée, ce qui le permettait d’être haut dans les sondage, mais pas indélogeable. Là, face à un Romney, considéré modéré, qui s’embourbe dans sa richesse et son impossibilité de comprendre ce que pourrait être la vie avec 30 000 $ par année, donc, trop distant de son électorat; face à un Santorum qui est le conservateur type, celui qui colle le plus avec les idées du Tea Party, et donc représente une certaine radicalité, mais qui risque de ne pas être capable d’aller chercher des vites chez les indécis; et face à Paul qui se fout un peu de ce qu’il faut dire, puisqu’il ne fait que suivre les mêmes idées avec lesquelles il avait débuté cette course (ce qui est une bonne qualité); Gingrich a pu endosser l’image du “pas trop radical”, mais “pas trop modéré”, et du “quand même ouvert”, pouvant ainsi ramasser l’électorat républicaine de pleines mains. Ceci pourrait bel et bien être vérifiable en Floride dans les jours qui suivent. Je ne serais pas surpris de voir disparaître Santorum de la course.

Il est vieux et il a une drôle de tête. Newt Gingrich est donc facile à repérer. Dans les débats il est remarquable, droit, et probablement plus décontracté que les autres candidats. Ça lui offre un avantage. Mais n’est-ce qu’un style, une dynamique ? C’est un confort intellectuel. Parce qu’il sait que les Palestiniens ne sont qu’une invention, qu’ils n’existent pas autrement que dans notre imaginaire collectif (et donc mourraient pour aucune raison). Il sait aussi que quoi qu’il puisse dire, ça ne peut avoir de connotation raciste. Il sait que s’il trompe sa femme pendant qu’elle est hospitalisée pour un cancer, ce n’est pas immoral. Bref, il est blindé d’une confiance en soi. Si ça impressionne plusieurs, ça en écoeure d’autres : c’est le «Triumph Of The Swill».
Music is banned in Khomeini’s Iran
On the grounds that it stimulates the brain
We’ve done him one better in the land of coke & honey
Using music to put people’s brains to sleep
Ever wonder why commercial radio’s so bad?
It’s ‘cause someone upstairs wants it that way
If the Doors or John Lennon were getting started now
The industry wouldn’t sign ‘em in a million years
So what do we get
GOVERNMENT MUSIC
Christian censorship and taxed blank tapes
Shoppers strung out on our false hopes
Will flock to obey
- Dead Kennedys (1986, Bedtime For Democracy)
Six in 10 Voters Would Be OK With Obama-Romney Matchup
Une question qui reste et qui empêche de faire une analyse claire de l’investiture républicaine, est celle qui cherche à savoir quel candidat pourrait battre Barack Obama en novembre. Puisque le discours de Glenn Beck, Fox News, du Tea Party et des candidats à l’investiture se divise bel et bien en deux composantes associables, mais quand même distinctes : 1. (ré)amener des idées conservatrices 2. battre Obama. Et dans le cas où un candidat pourrait bien plaire au premier point, pour plusieurs, s’il ne peut combler le deuxième, il ne vaut pas un vote. Et donc, malgré la victoire de Santorum en Iowa, malgré la baisse de popularité de Romney et la monté de Gingrich, s’il est plus important pour l’électorat de contrer les actions d’Obama que de se trouver un chef, ce qui est fort probable, Mitt pourrait rester dans la course et gagner l’investiture.
Les données :
Even in the midst of a volatile race for the GOP nomination, the significant majority of Republicans would be satisfied with an Obama-Romney choice in the general election, and would end up voting for Romney if these two were the nominees. It is likely that more Republicans would do so if Romney is the GOP nominee and after the current intraparty battles come to an end.
There still appears to be room for a third-party candidate, given that 15% of voters say they would vote for someone other than Romney or Obama, and another 7% say they would not vote at all if that were the choice presented to voters. Additionally, less than half of independents say they would be satisfied if the race is Obama versus Romney. Still, about 6 in 10 independents say they would — in some instances, apparently begrudgingly — vote for one of these two candidates if they are on the ballot.

