Des conservateurs et les conservateurs.2
Vincent Marissal revient sur quelques éléments du budget avec une analyse qui découvre davantage la filiation idéologique qui existe entre les Républicains états-uniens et la gouvernance de l’équipe de Harper. Effrayant !
Under Stephen Harper, Canada can fairly claim to be the best-governed country among advanced democracies in the world. Thursday’s federal budget locks up Canada’s lead
par David Frum, se basant seulement, cependant, sur le dernier budget des Conservateurs, et soulignant par comparaison sa stabilité et propension à endurcir notre économie. Il ne considère pas alors les lieux des coupures, leur effets sociaux, économiques, écologiques, et leur symbolique, des angles qui furent un peu plus cernées par nos chroniqueurs locaux. Par exemple :
The most transformative budget in a generation will effectively eliminate the federal deficit in two years, at worst, by cutting back on everything from food inspections to the size of embassies, from park maintenance to CBC programming, from gathering statistics to delivering foreign aid.
C’est une bonne chose qu’un gouvernement passe en revue ses programmes de façon impitoyable. Mais il est clair que les coupes conservatrices auront des conséquences. Elles éliminent 19 200 postes, elles affecteront des services, elles auront un impact économique négatif, surtout pour le Québec et l’Ontario, où se concentre la fonction publique fédérale. Souvenons-nous que même les agences de crédit avaient suggéré à Ottawa de mettre la pédale douce sur sa lutte au déficit.
Le rétrécissement des pouvoirs du ministère de l’Environnement, les nouvelles mesures à l’Immigration et les modifications au régime de retraite et à l’assurance emploi provoqueront assurément des réactions négatives chez les partis de l’opposition, en particulier au Nouveau Parti démocratique (NPD) de Thomas Mulcair. M. Harper le sait. Il le souhaite, d’ailleurs. Chaque fois que M. Mulcair critiquera ce budget, M. Harper répétera que le NPD est contre la création d’emplois et l’exploitation de nos ressources naturelles.
Au global, le budget garde une note très positive, mais rien ne permet toutefois pas de laisser croire que le Canada, sous Stephen Harper, peut se considérer justement en tant que pays étant le mieux gouverné des “advanced democracies” dans le monde.
On en entendra jamais trop à ce sujet.
Washington presents Harper with a ready-to-use escape from F-35 purchase
Kelly McParland dans le National Post :
Mr. Harper’s gift, which arrived, appropriately enough, on St. Valentines Day, comes in the form of further evidence that other would-be buyers of the F-35 fighter jet are heading for the exits. Italy chopped its order by 30% this week, Britain says it won’t make up its mind until 2015, Turkey has reduced its order by 50% and Australia is having doubts. On Monday the Pentagon said it’s delaying its own purchase of 179 of the planes by five years to save $15 billion and allow yet more time for testing. Let’s repeat that: The U.S., which is building the plane and marketing it like crazy to any ally that will listen, says the plane isn’t ready yet and it can’t afford the thing itself.
Est-ce que les F-35 seraient le iPad des dirigeants de pays ?
Dumb and dumber : Toews et notre crédulité.
C’est toujours la même stratégie. On monte un projet de loi qui touche à plusieurs points en même temps, ce qui génère plusieurs zones de friction, mais de ces points, un seul servira à la promotion du projet de loi. Quiconque est en désaccord avec n’importe quel point traité dans ce projet, est alors dit être contre le point précis qui est promu par le groupe proposant. C’est une méthode classique, surtout chez les conservateurs. Ici, le projet de loi offre un meilleur accès aux identités informatiques permettant aux “forces de l’ordre” de trouver physiquement l’émetteur et le consommateur de pornographie juvénile. Donc, certains logiciens maladroits pourraient ainsi conclurent que quiconque s’y oppose est du côté des criminels. Des logiciens, peut-être, mais pas de bons. Comme Jennifer Stoddard, commissaire à la vie privée, soulignait (lapresse.ca) :
ces propositions vont beaucoup plus loin que le simple maintien des pouvoirs d’enquête ou de leur modernisation.
Les enquêteurs obtiendraient plutôt d’importants nouveaux pouvoirs pour chercher et saisir des informations sur des particuliers enregistrées sur support électronique, a affirmé Jennifer Stoddart.
Mais, ce matin, on apprend que Vic Toews, conservateur biensûr, nous indiquait justement que (lapresse.ca):
quiconque s’opposant aux plans fédéraux visant à faciliter la surveillance électronique par la police et les services de sécurité est du côté des pédophiles.
“I think Quebec is soft on crime,” Conservative Senator Pierre-Hugues Boisvenu told reporters. “We have a particularity in Quebec … The moment you want to rethink models, it is very difficult to do it.”Boisvenu said hard core young offenders are better off going straight to federal penitentiaries once they turn 18 years old, adding they will have access to more rehabilitation programs than if they are sent to provincial jails.
Or, on sait depuis longtemps que l’angle d’approche du Québec face aux crimes, n’est pas de réprimer simplement, et le plus dur possiblement, mais plutôt de ré-aligner les individus vers un chemin socialement plus droit. À ce sujet, Michel Foucault avait bien démontré que de simplement mettre des contrevenants en prison générait des marginaux sociaux qui deviennent un danger latent social, ce dernier favorisant alors l’implication de plus en plus profondément du gouvernement dans sa société. En réhabilitant, on empêche idéalement à sa source le potentiel de rechute d’un individu sortant de prison. Le Québec mise là-dessus. Or, en misant de la sorte, selon Boisvenu, le Québec est “soft on crime”, on s’en fout…
Je reviens donc à la question : c’est qui le stupide là-dedans ? Et je précise en demandant s’il existe vraiment des gens qui croient vraiment ces illogismes ? La réponse est : probablement, mais aussi majoritairement non. Ce n’est pas pour rien qu’on ne vote plus, qu’on ne suit plus les déboires politiques, qu’on écoute davantage des émissions bidons que des débats politiques : On nous prend pour des maudits colons !
Et là, le gars il dit : Si vous êtes contre ce projet de loi, vous êtes avec les pédophiles… Hein ? Sérieusement ? Non, il n’y a rien de sérieux, il ne s’agit que d’un conservateur qui agit en conservateur. Vous voulez un avant goût de ce qui va s’y dire prochainement par les conservateurs dans la chambre des communes ? Suivez alors l’investiture républicaines. Ce n’est pas pareil, mais disons que ces derniers sont l’exagérations de ce qui semble se passer bizarrement dans l’esprit conservateur.
Sorry Larry, first one to bring up Hitler in a debate loses
L’Association Conservatrice de l’Université Laval (ACDUL), nous invite à la conférence dépressioniste d’Éric Duhaime afin de tuer le peu d’espoir qu’il nous reste. Il sera question nécessairement de son nouveau livre dont le titre explique bien l’optimisme discret de son auteur : L’État contre les jeunes; Comment les Baby-Boomers ont détourné le système. Les points qui y seront soulevés seront probablement les mêmes qui ont été soulevés il y a 2 ans, les maudits syndicats, la gau-gauche, le tabou autours des discours de droite, conflits intergénérationels, c’est pas mal ça… ah oui, le gouvernemaman ! En bref, la même sauce, tout aussi plate et tout aussi peu riche en terme de changements.
D’ailleurs, le communiqué de l’ACDUL contient cette petite erreur qui peut semblé anodine mais qui distingue bien ceux qui se cantonnent dans une boite, comme la boite “de droite”. On dit :
Dans la foulée du débat récemment engagé au Québec entre la gauche et la droite, l’Association conservatrice de l’Université Laval a l’immense plaisir de vous inviter à une conférence de M. Éric Duhaime, personnalité médiatique reconnue et porte-flambeau des valeurs de liberté et de responsabilité individuelle au Québec.
Nécessairement, on sait que le débat Gauche/Droite n’existe pas réellement, mais est nécessaire à l’existence du groupe dit “de droite”. C’est un peu comme la nécessité de faire la promotion de l’existence d’une guerre Dieu/Satan durant la période romane, afin de préserver les plus naïfs dans le groupe des bons, ceux de Dieu. Or, la période romane caractérisée par cette dynamique, est aussi comprise en tant que gigantesque perte de temps dans l’histoire humaine. C’est l’inertie, c’est le conservatisme. L’autre problème est l’idée que Duhaime soit un “porte-flambeau des valeurs de liberté et de responsabilité individuelle au Québec”. La liberté individuelle ne correspond aucunement à la liberté du marché. Or Duhaime, dans son argumentaire général, émet clairement l’idée qu’il souhaite une libération des marchés, mais y accole une idée de liberté individuelle, puisque l’individu producteur fera un choix individuel face à la demande des individus consommateurs, et patati et patata. Ce n’est jamais strictement une liberté individuelle. La liberté individuelle nécessite l’absence de toute contrainte au choix de l’individu. C’est complexe. Les lois empêchent la liberté individuelle des pédophiles pour le bien commun, c’est un exemple. Mais, par crainte du gourvernemaman, on souhaite une liberté de marché sans la trace de limites de l’État permettant le bien commun maintenant et dans le futur. Ainsi, on pourrait produire et produire en se basant sur des coûts qui ne tiennent pas compte des externalités graves pour le bien commun, ce qui dit que la liberté du marché viendrait nuire ici à la liberté individuelle. Or, l’État est aussi là pour ça, pour limiter l’internalisation des externalités des productions privées par la population actuelle et future. C’est bien beau de faire grossir le gâteau, mais si c’est au coût de la capacité de consommation de ce gâteau, donc, son goût, à quoi ça sert ? Alors, la liberté individuelle ne correspond pas directement et clairement à la liberté des marchés.
La conférence aura lieu le mardi 14 février 2012, entre 11 h 30 et 12 h 30, au local 1B du pavillon Charles-De Koninck.


